Méritocratie définition : Explication et vulgarisation de ce concept qui prend de l’ampleur !

Points clésPrécisions essentielles
🎭 Le mythe de la méritocratieCroire que seul le travail détermine la réussite ignore les privilèges de départ
🏛️ Origines du conceptCréé par Michael Young dans les années 1950 pour critiquer ce système
📉 Capital social et culturelReconnaître que l’origine familiale influence fortement les parcours professionnels et la mobilité sociale
🎓 Les codes invisiblesMaîtriser les savoir-être implicites des milieux favorisés reste déterminant pour réussir
⚖️ Une fiction légitimanteComprendre que la méritocratie sert surtout à justifier les positions dominantes existantes
🔄 Égalité des placesPrivilégier la réduction des inégalités structurelles plutôt que quelques parcours individuels exceptionnels

Quand on me demande d’expliquer la méritocratie, je repense souvent à ce déjeuner avec Matthieu, entrepreneur brillant que j’ai rencontré lors d’un événement de la CCI il y a quelques années.

Il me disait, un brin ironique : « Tu sais Eric, je suis la preuve vivante que quand on veut, on peut ! » Sauf qu’en discutant, j’ai appris qu’il sortait d’HEC, que son père était cadre supérieur et qu’il avait bénéficié d’un capital de départ confortable. Pas vraiment parti de zéro, donc 😊.

C’est là que j’ai compris à quel point le mythe de la méritocratie pouvait être ancré dans nos esprits, même chez les gens sincères.

La méritocratie, étymologiquement, c’est le pouvoir exercé par ceux qui le méritent. Le terme vient du latin « meritum » et du grec « kratos », qui signifie autorité. En théorie, c’est séduisant : vos diplômes, votre travail, vos talents détermineraient votre position sociale, indépendamment de votre origine. Fini les privilèges de naissance, place au talent ! C’est d’ailleurs un héritage direct de la Révolution française, qui a remplacé les privilèges féodaux par cette promesse d’égalité des chances.

Chefferie de projet : compétences clés et conseils pour mener vos projets

Mais attention, le terme a été créé par le sociologue anglais Michael Young dans les années 1950, et devinez quoi ? C’était pour critiquer ce système, pas pour l’encenser. Dans son ouvrage « The Rise of the Meritocracy », il montrait comment les élites méritocratiques finissent toujours par se reproduire entre elles. Napoléon est souvent cité comme le premier à avoir instauré ce système en Europe, avec ses concours et ses grandes écoles. En France, vous connaissez la chanson : pour accéder aux postes importants, il faut sortir des « bonnes » écoles. Science Po, l’ENA, Polytechnique… Ces institutions sont censées sélectionner les meilleurs selon leur mérite.

Sauf que voilà, quand j’accompagne des dirigeants ou que j’échange avec des professionnels dans mes groupes d’entrepreneurs, je constate une réalité bien différente. Le capital culturel et social que vous recevez de votre famille joue un rôle déterminant. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Pierre Bourdieu et toute une série d’enquêtes sociologiques. En 2009, seuls 18% des enfants d’employés ou d’ouvriers accédaient à des postes de cadres supérieurs. La mobilité sociale reste donc assez limitée dans les faits. Quand on prétend que « quand on veut, on peut », on oublie un peu vite que tout le monde ne part pas avec les mêmes ressources, les mêmes codes, les mêmes réseaux.

Laissez-moi vous raconter une anecdote qui m’a marqué lors d’une formation que j’animais pour une grande entreprise. J’avais face à moi une vingtaine de managers, dont plusieurs sortaient de grandes écoles. L’un d’eux m’a confié, avec une certaine gêne, qu’il avait conscience d’avoir bénéficié d’un « passe-droit invisible » toute sa carrière. Simplement parce qu’il avait le bon diplôme sur son CV et qu’il maîtrisait parfaitement les codes sociaux attendus. Ce que Pierre Bourdieu appelait la violence symbolique : cette fiction qui légitime les positions dominantes en faisant croire que tout le monde a eu sa chance.

David Guilbaud, jeune énarque, a publié un livre passionnant sur le sujet : « L’Illusion méritocratique ». Il raconte comment, dès l’arrivée à Sciences Po, on vous répète que vous êtes « l’élite de la nation ». Cette phrase, anodine en apparence, ancre l’idée que vous valez plus que les autres. Résultat ? Une forme d’arrogance tranquille et un mépris souriant, selon ses mots. Lors des oraux de l’ENA, il fallait montrer qu’on appartenait au même monde que l’examinateur, glisser un mot d’esprit subtil au bon moment. Du théâtre, en bref. Ces codes sociaux, ces savoir-être implicites, sont maîtrisés naturellement par ceux qui viennent de milieux favorisés. Pour les autres, c’est un apprentissage long, difficile, jamais totalement réussi. Il subsiste toujours quelque chose de forcé.

Personnellement, j’ai vu passer des personnes extrêmement talentueuses, issues de milieux modestes, se heurter à ces barrières invisibles. Elles avaient le talent, la volonté, mais pas les bons codes. Et ça change tout quand vous postulez à certains postes ou quand vous devez manager une équipe dans un environnement où ces codes sont implicites. La méritocratie, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, est donc un principe de légitimation très puissant pour ceux qui en bénéficient, leur permettant de proclamer qu’ils ont mérité leur sort. Mais c’est aussi un piège redoutable pour ceux qui n’y arrivent pas : on leur fait croire que c’est leur faute, qu’ils n’ont pas assez travaillé.

Que veut dire PNL : définition, principes et méthodes expliqués
🚫 Erreur fréquenteRéalité
Associer méritocratie et justice socialeLe mérite ne garantit pas une répartition équitable des positions
Penser que travailler dur suffit toujoursL’origine sociale influence fortement la réussite
Croire à l’égalité totale des chancesLes conditions économiques et culturelles restent déterminantes
Confondre mérite individuel et privilèges structurelsLes élites définissent elles-mêmes les critères du mérite

Je vous invite à être vigilant quand vous entendez des discours sur le mérite. Ne confondez pas être méritant et réussir : on peut travailler sérieusement et ne pas obtenir les résultats escomptés. La mobilité sociale dépend surtout de facteurs structurels, pas uniquement de votre volonté personnelle. Quand je forme des managers ou que j’interviens sur des questions de développement personnel, j’insiste toujours sur cette nuance. Reconnaître le rôle des circonstances, de l’environnement, des héritages culturels, ce n’est pas du fatalisme. C’est juste regarder la réalité en face.

Certaines initiatives tentent de corriger ces inégalités, comme les conventions éducation prioritaire qui lient des lycées de banlieue à des IEP. L’idée ? Repérer des élèves capables mais bridés par leurs habitus sociaux et leur proposer des passerelles. C’est louable, vraiment. Mais ces dispositifs restent limités : ils permettent à une poignée d’étudiants de s’en sortir, mais ne changent rien au problème systémique. Pire, ils servent parfois de bonne conscience aux élites, qui peuvent se dire qu’elles font quelque chose pour l’égalité des chances. Et pour ceux qui en bénéficient, l’adaptation n’est pas toujours rose : ils gardent souvent l’étiquette « égalité des chances » collée à la peau.

Alors, que retenir de tout ça ? D’abord, que la méritocratie reste un idéal, pas une réalité tangible. Elle fonctionne comme une fiction puissante qui structure nos croyances collectives. Quand on vous dit « tu n’as qu’à travailler plus dur », c’est souvent une façon de nier les inégalités structurelles. Le mouvement des gilets jaunes, par exemple, a été une réaction violente à ce discours méritocratique déconnecté. Ces personnes ne manifestaient pas par caprice, mais parce qu’elles ne voyaient plus comment se réapproprier leur destin social. Et je trouve ça plutôt sain, d’un point de vue démocratique.

Dans mes accompagnements, je rencontre régulièrement des professionnels qui portent cette double charge : travailler dur tout en comprenant que le système ne joue pas vraiment en leur faveur. C’est particulièrement vrai dans certains métiers où les compétences techniques ne suffisent pas. Prenez la chefferie de projet, par exemple : il ne suffit pas d’être compétent techniquement, il faut aussi savoir naviguer dans des environnements politiques, maîtriser des codes relationnels, avoir un réseau. Autant de choses qui ne s’apprennent pas uniquement par le mérite.

Voici quelques pistes pour adopter une posture plus juste face à la méritocratie :

  • 🎯 Reconnaître vos privilèges éventuels sans culpabilité, mais avec lucidité
  • 🤝 Soutenir activement ceux qui n’ont pas eu les mêmes chances de départ
  • 📚 Continuer à vous former, tout en sachant que ce n’est qu’une partie de l’équation
  • 💬 Éviter les discours moralisateurs du type « quand on veut, on peut »
  • 🔄 Militer pour plus d’égalité des places, pas seulement des chances

À long terme, l’enjeu est de réduire véritablement les inégalités dans la société, pas simplement d’ouvrir quelques portes à quelques-uns. Parce qu’un parcours comme celui de Bourdieu, fils de petit fonctionnaire devenu professeur au Collège de France, est désormais beaucoup plus difficile. Les destins sociaux sont largement déterminés dès l’âge de 30 ans. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras. Simplement garder les yeux ouverts et ne pas se laisser berner par les belles promesses. Votre valeur ne se résume pas à votre position sociale, et votre position sociale ne reflète pas entièrement votre mérite. C’est peut-être moins rassurant, mais c’est diablement plus honnête 😉.

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